Écritures urbaines: les lois de la ville

Fraenkel Béatrice

Réunissant historiens, linguistiques et anthropologues l’ouvrage s’inscrit dans le
renouveau actuel des sciences de l’écrit. L’importance nouvelle accordée aux écritures urbaines soulève deux types de questions qui recoupent la distinction ancienne entre la civitas définie par l’ensemble de ses habitants, et l’urbs conçue comme l’espace urbain:
1 en quoi les lieux publics de la civitas, souvent conçus comme des espaces de circulation des idées, sont-ils façonnés par les écritures urbaines ? quels sont les écrits imposés, interdits, censurés, tolérés ?
2 Du point de vue de la gestion de l’urbs, quels rôles joue l’écrit dans l’organisation et l’administration des rues, places, bâtiments et autres lieux spécifiques ?
3 Enfin comment s’articulent ces deux dimensions ?
A partir de cas précis, chaque contribution explore les pratiques en vigueur dans des contextes historiques et géographiques différents. Plusieurs situations de crise sont analysées en première partie comme celles que connaissent les villes espagnoles sous l’Inquisition mais aussi celle du Paris de La Commune. Crise encore, celle que traverse la ville de Sao Paulo, étouffée par des millions d’affiches publicitaires, qui décide de faire table rase en 2006 pour lutter contre la pollution visuelle. Crise aussi, celle qui retient le Parlement chilien de réprimer les graffitis de sa capitale en souvenir des années sombres de la Dictature où graffiter un mur pouvait être un acte héroïque.
En dehors des moments de crise, certaines grandes réformes urbanistiques révèlent la force des écrits les plus anodins. Imposer le numérotage des maisons sous les Habsbourg à partir de 1727 ne va pas sans rébellion, car le numéro est perçu comme imposant un égalitarisme insupportable aux groupes dominants.
Il en va de même un siècle plus tard à Barcelone, lorsque l’ingénieur Cerda auquel on a confié la transformation de la ville (1859), échoue à imposer une nouvelle nomenclature des noms de rues conçue pour favoriser le mouvement urbain. Plus proche de nous, en 1997-1998, la ville de Mopti (Mali) se voit obligée par la Banque Mondiale d’implanter un système d’adressage parfaitement inadapté au bâti de la ville.
Une dernière partie adopte un point de vue sociolinguistique : quelle politique de la langue servent les écritures urbaines ? Quelle conception de l’écriture portent-elles ? Quels enjeux président aux choix des odonymes (noms de rues), qu’ils soient ceux des autorités ou des habitants ? Chaque question est ancrée dans une enquête de terrain : l’analyse de l’affichage à Montréal en prise avec la francisation difficile des écrits de la ville. Une enquête historique et sociolinguistique sur le statut particulier de l’enseigne en Chine, à la fois vecteur idéologique et support des réformes de l’écriture. Enfin, une recherche sur les odonymes à Maputo (Mozambique) qui partagent la ville en deux : ville officielle, riche et administrée, ville populaire, pauvre où règne une signalétique bricolée par les habitants.

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